La Chaire a la chance de compter parmi ses membres, Aude Dibi, étudiante au doctorat, qui travaille sur une thèse de droit civil portant sur les droits successoraux des femmes à l’intersection du genre et du grand âge en Côte d’Ivoire. Dans ce projet de thèse, dirigé par les professeures Christine Morin et Louise Langevin, de l’Université Laval et avec la collaboration du professeur Moussa Thioye, de l’Université Toulouse Capitole, elle analyse la situation juridique des femmes en matière successorale au prisme d’un cadre d’analyse féministe et du pluralisme juridique. Il s’inscrit dans l’axe de la Chaire portant sur la protection juridique des femmes âgées, qui sont souvent les grandes oubliées de la recherche.
C’est d’ailleurs la double vulnérabilité que rencontrent les femmes âgées qui a poussé Aude à entamer des études de droit en 2003, à l’Université de Félix Houphouët- Boigny d'Abidjan-Cocody. Elle explique avoir été particulièrement touchée par les injustices que subissent les femmes dans les sociétés africaines, notamment à travers l’expérience de sa mère. Pour faire changer les choses, Aude a décidé de faire entendre sa voix en utilisant le droit comme « un levier de changement social pour les femmes »[1].
Après des études de droit et une carrière d’enseignement en droit patrimonial de la famille ivoirien (régimes matrimoniaux et successions), elle a décidé de se tourner vers la recherche au Québec. C’est l’ouverture de la Faculté de droit de l’Université Laval envers l’interdisciplinarité qui lui a particulièrement plu. Passionnée par les théories féministes appliquées au droit, elle a alors entamé et obtenu une maîtrise en droit avec mémoire, sous la direction de la professeure Louise Langevin, dont l’expertise en la matière est reconnue bien au-delà des frontières canadiennes. Son travail de recherche portait sur la reconnaissance juridique des conjointes de fait en Côte d’Ivoire. Elle a, par ailleurs, co-écrit et publié un article sur ce sujet avec la professeure Louise Langevin[2]. Pendant son cursus, elle a également travaillé comme auxiliaire de recherche avec le professeur Dominique Goubau sur la protection du logement familial.
Mue par le désir de voir évoluer la cause des femmes et bien décidée à poursuivre ses recherches, Aude a entamé des études doctorales en 2022, pour lesquelles elle a obtenu la bourse doctorale Antoine-Turmel. Cette bourse de 20 000$, renouvelable deux fois, lui permet de travailler sur sa thèse de doctorat tout en poursuivant ses nombreuses activités. Juriste-chercheure, mère de famille, auteure, amoureuse de la cuisine : Aude a de nombreuses casquettes et de beaux projets. Portée par l’amour de l’enseignement et de l’écriture, qui sait ce qui attend Aude pour la suite ? Une carrière universitaire en Côte d’Ivoire ou au Québec ? L’écriture de ses deux projets d’ouvrages féministes ? Nous avons hâte d’en savoir plus !
Nous la félicitons à nouveau pour l’obtention de la bouse Antoine-Turmel et lui souhaitons bon succès pour la suite!
[1] L’expression est empruntée. Voir Louise Langevin, « Le droit comme instrument de changement social pour les femmes : une arme à double tranchant » dans Louise Langevin, dir, Rapports sociaux de sexe/genre et droit : repenser le droit, Paris, AUF, 2008, 9.
[2] Aude Dibi et Louise Langevin, « La non-reconnaissance des unions coutumières et religieuses dans le nouveau droit de la famille ivoirien : Un non-respect du droit à l’égalité des femmes » (2022) 34-2 Revue Femmes et Droit 187.