par Cédrole Niangou
Une nouvelle formation, développée par la professeure Mariève Lacroix, chercheuse associée à la Chaire, et intitulée « Ethique de la décomposition », est désormais disponible sur la plateforme Jurivision. Ce parcours propose de s’intéresser aux transformations contemporaines du rapport à la mort en liant droit, anthropologie, histoire, sociologie et thanatologie.
Il est de coutume d’arriver à un moment de notre vie où, le crépuscule pointant à l’horizon, il nous faut lâcher prise. En tant que gisant, il convient d’accepter le trépas et de mourir (rendre l’âme si l’on est religieux). Telle est la traduction même du célèbre récit de Philippe Ariès, éminent historien, en discutant de L’homme devant la mort. Surgit alors le moment au cours duquel la société décide de disposer de notre corps resté orphelin, en usant de rites funéraires taillés sur mesure à la convenance des survivants. C’est ce que Grégory Delaplace, anthropologue de l’invisible, considère « l’invention des morts » ; ce qui est d’ailleurs l’intitulé de sa thèse (L’invention des morts en Mongolie contemporaine : sépultures, fantômes, photographie, thèse de doctorat, Ecole pratique des hautes études (Paris), 2007).
Fort heureusement, grâce à l’évolution du droit funéraire et, subséquemment, des pratiques funéraires, le défunt dispose désormais, préalablement à son décès, de choix pour la destination de son cadavre. Aujourd’hui, si l’on entretient une phobie des insectes nécrophages et que l’on tient à l’intégrité de son macchabée, le droit permet d’opter pour un mode d’inhumation autre que l’enterrement, notamment l’incinération, encore appelée crémation ou art de brûler le corps mort. C’est d’ailleurs le choix de 80 % de la population québécoise à l’heure actuelle. Comme le déplorait, choqué, un pasteur de Nouvelle-Angleterre, « le corps, quand l’âme est partie, devient une horreur pour tous ceux qui le contemplent, un spectacle répugnant et horrible... Il est destiné à tomber dans un abîme de charogne et de dégradation. Couvert de vers, incapable de bouger seulement le petit doigt pour éloigner la vermine qui le ronge et se nourrit de sa chair [...] » (à lire dans Guillaume Leyte, « Le droit de la mort», D. 2000, suppl. au n° 16, p. 266-31). Et comme l’évoque le doyen Carbonnier, la dépouille mortelle pose plus de problèmes que le corps vif et que les questions qui oscillent autour sont « teintées de religion, et passionnées » (Jean Carbonnier, Droit civil, 1/ Introduction. Les personnes, Paris, PUF, 1987, p. 268).
Pour s’intéresser à ces préoccupations des plus névralgiques, Mariève Lacroix, professeure titulaire à la Section de droit civil de la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, a réalisé un projet de recherche sur la nature juridique des cendres humaines, prenant pour ancrage la Loi sur les activités funéraires. En juriste soucieuse de préserver une dignité humaine au-delà de la mort et avec un intérêt marqué pour l’interdisciplinarité, la professeure Lacroix a convié un historien, un anthropologue, une sociologue et un thanatologue pour engager un dialogue. Soulignons que la professeure Lacroix est l’autrice de plusieurs publications sur le thème de la mort en droit, dont une monographie intitulée Dialogues entre le droit et la mort, en codirection avec Alicia Mâzouz et Valérie Ménèse-Redorat, parue en 2017 aux Éditions Yvon Blais.
Cette formation « Éthique de la décomposition », offerte gratuitement sur la plateforme Jurivision, permet l’octroi d’un certificat de participation pour toutes les personnes inscrites. Articulée autour de cinq modules, d’une durée totale de deux heures, elle se compose de quatre axes exploratoires :
- L’émancipation de l’autonomie individuelle;
- La technique de la crémation et ses origines;
- Le reflet de la société québécoise;
- Les rituels de mort et l’expérience du deuil.
Pour plus de détails et vous inscrire à cette formation, rendez-vous sur la plateforme jurivision.ca.